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Bien-être

[ bjɛ̃.n‿ɛtʁ ]

En quelques mots

Le bien-être désigne l’ensemble des pratiques, gestes et savoir-faire qui cherchent à entretenir le corps, apaiser l’esprit et soutenir l’équilibre quotidien. Il ne se limite pas au confort ou au repos : il rassemble des usages très concrets, liés aux plantes, à l’eau, au toucher, aux parfums, à la respiration, aux soins de la peau ou aux pratiques corporelles. Ses supports et ses techniques sont nombreux, et varient selon les traditions : une huile essentielle de lavande déposée sur un mouchoir, un bain chaud, un massage aux huiles végétales, une tisane préparée en herboristerie ou une séance de respiration guidée appartiennent à ce vaste champ.

Plan des thermes de Caracalla - Rome, 216 apr. J.-C.

Au commencement

Les racines du bien-être sont anciennes et multiples. Dans l’Égypte antique, les plantes, les huiles parfumées et les onguents occupaient déjà une place importante dans les soins du corps, les rites funéraires et les pratiques de beauté. Des résines comme l’encens ou la myrrhe, conservées dans des vases et des fioles, servaient autant au parfum qu’aux rituels. En Grèce, Hippocrate associe l’équilibre du corps à l’alimentation, au mouvement, aux bains et aux conditions de vie. Les thermes romains prolongent cette idée dans des lieux collectifs où l’eau chaude, la vapeur, le massage et l’exercice participent à une véritable culture du corps.

En Inde, l’ayurveda développe depuis des siècles une approche fondée sur les plantes, les huiles, les massages et l’équilibre des énergies vitales. Le massage abhyanga, pratiqué avec de l’huile de sésame, reste l’un de ses exemples les plus connus. En Chine, les pratiques liées au qi gong, à l’acupuncture, aux pharmacopées végétales et à la respiration inscrivent le bien-être dans une relation entre souffle, circulation des énergies et équilibre interne. Au Japon, les bains, du sentō urbain à l’onsen thermal, font de l’eau chaude un rituel de détente, de purification et de soin du corps. Enfin, dans la culture arabo-musulmane, les hammams, les parfums, les huiles et les traités médicaux de figures comme Avicenne participent largement à la circulation des savoirs liés au soin.

L’apothicairerie (fresque) - Château d'Issogne, Italie, vers 1500

D'hier à aujourd'hui

Au fil du temps, le bien-être s’est dessiné entre médecine, hygiène, beauté, spiritualité et artisanat.

À l’époque médiévale européenne, les monastères cultivent des jardins de simples où poussent sauge, menthe, mélisse, hysope ou camomille. L’herbier, le mortier, l’alambic et le pot d’apothicaire deviennent des objets centraux dans la préparation des remèdes. Hildegarde de Bingen, abbesse du XIIe siècle, demeure une figure importante de cette relation entre plantes, alimentation, observation du corps et soin quotidien.

En Europe, à partir de la Renaissance, les savoirs se réorganisent : apothicaires, chirurgiens-barbiers, sages-femmes et herboristes occupent chacun une place bien définie dans l’univers du soin. Dans les officines et les ateliers, des préparations déjà anciennes (hydrolats, alcoolats, baumes ou eaux parfumées) continuent d’être améliorées, transmises et adaptées aux usages du temps. Le bien-être se lit aussi dans l’espace bâti : la lumière, la perspective et les proportions architecturales cherchent à placer le corps humain dans un ordre plus harmonieux, comme le montrent les réflexions d’Alberti, de Léonard de Vinci ou de Brunelleschi. À Grasse, enfin, la culture des fleurs rappelle combien les plantes nourrissent aussi les savoir-faire du parfum et du soin.

Aux XIXe et XXe siècles, le thermalisme connaît un engouement fort. Des villes comme Vichy, Contrexéville, Bath ou Baden-Baden organisent le soin autour des eaux minérales, des bains, des douches, des cures. Le bien-être devient aussi un fait social : on voyage pour se reposer, respirer un autre air, suivre une cure, prendre les eaux. Dans le même temps, d’autres pratiques corporelles se structurent ou se diffusent plus largement. La gymnastique suédoise de Pehr Henrik Ling, l’hydrothérapie de Sebastian Kneipp, le yoga diffusé hors de l’Inde ou la méthode Pilates, développée par Joseph Pilates autour de la respiration, de la posture et du contrôle du mouvement, offrent de nouveaux cadres de pratique. Elles visent à assouplir le corps, relâcher les tensions, mieux respirer et retrouver une attention plus régulière à la posture, au souffle et au rythme du corps.

Aujourd’hui, le bien-être rassemble des courants variés. Certains relèvent des soins naturels : herboristerie, aromathérapie, cosmétique artisanale, baumes, hydrolats. D’autres passent par le toucher : massage, shiatsu, réflexologie, drainage, pratiques inspirées de traditions anciennes. D’autres encore s’appuient sur le souffle et le mouvement : yoga, qi gong, méditation, cohérence cardiaque.

Huit pièces de brocart (Ba Duan Jin) - peinture sur papier, Taipei, date inconnu

Le mot de la fin

Depuis des siècles, le bien-être accompagne une même nécessité : prendre soin du corps pour mieux habiter sa place dans le monde. Qu’il passe par une plante, une huile, un bain, un massage ou un souffle plus lent, il ramène l’attention vers l’essentiel : sentir ce qui fatigue, apaiser ce qui se tend, retrouver un rythme plus juste. Derrière ses gestes anciens et ses formes renouvelées , il rappelle que le soin commence souvent par ce retour patient à soi.

En aparté

« La forme physique est la première condition du bonheur. »

Retour à la vie par la contrologie, Joseph H. Pilates et William J. Miller, 1945

Lexique

Hippocrate : Médecin grec des Ve-IVe siècles av. J.-C., souvent considéré comme une figure fondatrice de la médecine occidentale. Son nom reste associé à l’équilibre du corps, au régime de vie, à l’alimentation et au climat.

Ayurveda : Médecine traditionnelle indienne fondée sur l’équilibre du corps, de l’esprit, des plantes et des rythmes de vie. Elle associe notamment massages, huiles, alimentation et préparations végétales.

Massage abhyanga : Massage ayurvédique pratiqué avec de l’huile tiède sur l’ensemble du corps. Il vise la détente, la circulation, l’assouplissement et l’équilibre général.

Qi gong : Pratique corporelle chinoise associant mouvements lents, respiration, posture et concentration. Elle cherche à entretenir la souplesse, l’équilibre et la circulation du souffle vital, le qi.

Sentō urbain : Bain public japonais situé en ville, lieu d’hygiène, de détente et de sociabilité. Contrairement à l’onsen, il n’est pas nécessairement alimenté par une source thermale naturelle.

Onsen thermal : Bain japonais alimenté par une source chaude naturelle, souvent riche en minéraux. Il associe détente du corps, rituel du bain et rapport au paysage.

Avicenne : Médecin, philosophe et savant persan des Xe-XIe siècles, auteur du Canon de la médecine. Ses écrits ont fortement contribué à la transmission des savoirs médicaux.

Jardin de simples : Jardin consacré aux plantes médicinales, aromatiques ou utiles aux soins. Très présent dans les monastères médiévaux, il accueille sauge, menthe, mélisse ou camomille.

Hildegarde de Bingen : Abbesse bénédictine et savante du XIIe siècle, autrice de textes sur les plantes, le corps et l’alimentation. Elle incarne une approche médiévale du soin attentive au vivant.

Alberti : Humaniste, architecte et théoricien italien du XVe siècle. Ses écrits sur les proportions et l’architecture participent à une pensée de l’espace centrée sur l’humain.

Léonard de Vinci : Artiste, ingénieur et savant italien de la Renaissance, attentif au corps, au mouvement et aux proportions. Son Homme de Vitruve montre le corps humain inscrit dans un ordre géométrique.

Brunelleschi : Architecte florentin du XVe siècle, figure majeure de la Renaissance. Son travail sur la perspective, les proportions et la coupole de Florence renouvelle la conception de l’espace.

Thermalisme : Ensemble de pratiques de soin fondées sur l’usage des eaux minérales naturelles. Il comprend bains, douches, cures, inhalations ou eaux à boire dans des stations spécialisées.

Pehr Henrik Ling : Pédagogue suédois du XIXe siècle, associé au développement de la gymnastique suédoise. Son approche organise le mouvement comme outil d’entretien physique, postural et sanitaire.

Sebastian Kneipp : Prêtre allemand du XIXe siècle, connu pour sa méthode fondée sur l’hydrothérapie. Il associe eau froide, plantes, marche, activité physique et hygiène de vie.

Joseph Pilates : Créateur de la méthode Pilates, d’abord appelée Contrology, développée au XXe siècle. Elle repose sur la respiration, la posture, le contrôle du mouvement et le renforcement profond.

magzin

Corsica Pam

Les Égyptiens les utilisaient déjà il y a 3000 ans, les Chinois, les Indiens… toutes les grandes civilisations de l’histoire se sont servies des huiles essentielles pour les soins thérapeutiques, cosmétiques et même liturgiques pour certaines.